HISTOIRES  D ' HASPARREN

Ursuia et Hasparren dans l'Histoire

Face à l'Ursuia, quand on regarde ces paysages, on est frappé par cette belle harmonie des couleurs et des formes. Et pourtant l'impression est trompeuse ! Tout sépare l'histoire des terrains d'Hasparren de l'histoire des terrains de l'Ursuia. Hasparren et Ursuia n'ont pas toujours été liés comme aujourd'hui, si on ne devait retenir que deux chiffres, retenons 100 millions d'années et 1 milliard d'années. En effet, toutes les landes au nord d'Hasparren sont constituées de terrains d'environ 100 millions d'années mais sur l'Ursuia, on peut trouver des terrains de près de 1 milliard d'années. Quand on gravit le calvaire depuis la chapelle des Missionnaires, on franchit une faille verticale, on fait un bond de près de 500 millions d'années. Mais en grimpant au sommet de l'Ursuia, là nous trouvons des terrains de près de 1 milliard d'années. Ainsi, on peut franchir près d'un milliard d'années en 5 km ; rares sont les zones des Pyrénées aussi spectaculaires. 

Quand est-ce que Ursuia et Hasparren se sont rejoints ? Ursuia est née dans l'hémisphère sud ! Hasparren, dans l'hémisphère nord, par 43°23'N et 1° 18'O, se situait au cœur de l'océan Panthalassique. Il faudra attendre, en gros, 800 millions d'années pour que l'Ursuia et Hasparren se rejoignent à cet endroit du globe ! C'est vers -35 millions d'années que la collision des plaques ibérique et européenne survient. C'est à ce moment-là que l'Ursuia (vieux d'un milliard d'années) viendra rejoindre Hasparren, en percutant comme un poinçon, les « jeunes » terrains sédimentaires océaniques. La suture se situe vers l'ancien foirail (rue Jats) et la chapelle du Sacré-Cœur.

Les mouvements des plaques sont-ils stabilisés aujourd'hui ? Non, mais la collision est bloquée, les mouvements plus discrets ; n'oublions pas les séismes d'Arette et d'ailleurs, dans les Pyrénées. Le moteur de tous ces mouvements qui est l'ouverture de l'Atlantique se poursuit à la vitesse de 2 cm/an. L'Ursuia, lui, est bien installé pour un bout de temps. Les mouvements de soulèvement étant compensés par les mouvements d'érosion, nous ne devrions pas observer de changements significatifs avant… quelques millions d'années ! Peut-être ne serons-nous plus là ? 



Protestation De La Communauté De Hasparren

A Monsieur le Comte de Gramont, maréchal de camp et armées du Roy, commandant en chef en Navarre, Béarn et généralité d'Auch, maison de Monseigneur le Dauphin .

           Remontrant très respectueusement les habitants de la communauté de Hasparren par le ministère de leurs abbé et jurats, que l'article 4 du titre de la commune du Labourd rédigée par les commissaires du Roi en homologue au Parlement de Bordeaux en 1514, permet aux habitants du dit pays de s'assembler dans leurs paroisses respectives pour traiter de leurs affaires communes, même dit l'article suivant de faire des statuts particuliers pour l'entretien de leurs bois et de leurs paturages. Cette loi municipale a été de tous temps constamment observée dans toutes les paroisses du Labourd, avec cette différence qu'à St Jean de Luz et Ciboure, les magistrats gérent tout, avec le concours de tous ceux qui l'ont été avant eux.

           Hasparren, la plus considérable de ces paroisses a  aussi continuellement observé cette règle générale jusqu'à ce qu'elle ait été proscrite par deux ordonnances, de Mr Deronville et de Mr le duc de Tresnes, portant que toutes les affaires de la Communauté seront réglées par la chambre de la députation avec défense de tenir aucune autre assemblée. Cette chambre est composée de cinq magistrats et douze députés. Elle fut établie dans l'origine tant pour le maintien de la police et pour traiter des affaires qui ne pouvaient pas souffrir de retardement, que pour résoudre les difficultés provenant de la diversité des avis donnés dans les assemblées particulières des quatre quartiers de la paroisse. Les assemblées de conséquence étaient renvoyées par les assemblées générales que l'on tenait sous le porche de l'église paroissiale. Tel est Monseigneur le tribunal où toutes les affaires de cette communauté sont traitées et souverainement décidées. Depuis les deux ordonnances de Mr le duc de Tresnes et de Mr Dheronville, dont la religion a été surprise dans cette occasion, par qui pouvait avoir des vues particulières.

           En effet quel inconvénient y avait-il à laisser jouir les habitants de Hasparren du droit de tenir leurs assemblées et de délibérer sur leurs affaires communes, on ne voit pas qu'il y en eut aucun, dès surtout qu'en cas de contestations parmi eux , tout était renvoyé, décidé et réglé dans la chambre de députation. Combien n'y en a-t-il pas au contraire à les priver d'un droit que les lois du Royaume ne leur refusent pas et que la leur particulière leur accorde si formellement. Droit que leurs aîeux leur ont transmis dont il ne parait pas qu'ils aient démérité, et dont tous les autres habitants du Labourd jouissent paisiblement.

        En vain citerait-on à l'appui de cette ordonnance l'exemple de St Jean-de-Luz et de Ciboure, les assemblées y sont observées, tous les anciens magistrats y assistent, y délibèrent avec ceux qui sont actuellement en exercise et il n'est à proprement parler que les simples matelotsqui n'ayant pas passé par la magistrature et qui conséquemment, n'y ayant point de voix délibèratrice dans les assemblées. Au lieu que tout est subordonné à Hasparren à la volonté de 17 personnes qui souvent ne font que l'écho d'un plus petit nombre.

         A ces causes il vous plaira de vos grâces Monseigneur permettre aux habitants de Hasparren de faire leurs assemblées, ainsi qu'elles se tiennent dans les autres paroisses du dit païs, et aux mêmes formes que les habitants les tenaient eux-mêmes, avant la défense de Mr Dheronville et l'ordonnance de Mr de Tresnes. Et si vous ne voudriez statuer sur ces conclusions sans avoir une plus parfaite connaissance des voeux des dits habitants à cet égard, ordonner que la communauté s'assemblera aux lieux et manière accoutumés, pour délibérer sur les objets  du présent placet, pour à la vue de la délibération qui sera rapportée, être ordonné ce qu'il appartiendra ! et les remontrants redoubleront leurs voeux au ciel pour la santé et la prospérité  de votre grandeur et son illustre famille.


                                                                                               Signé: Jean Bidart maire-abbé

             

 Vu la présente requête ordonnons que les habitants et communauté de Hasparren s'assembleront selon les formes ordinaires aux lieux accoutumés pour délibérer seulement sur les objets contenus dans la présente requête. Et la délibération devant nous être rapportée il sera ordonné ce qu'il appartiendra

                                                                                               Signé : Le Comte de Gramont



L'histoire Des Tanneurs

Hasparren a depuis fort longtemps possédé sur ses vastes terres une très importante forêt. S'il n'en existe plus que quelques hectares, il n'empêche que les chênes tauzins en furent les rois. Qu'en firent nos ancêtres? Ils les utilisèrent tout d'abord pour construire leurs maisons mais surtout également en tirer d'autres profits. Les achats de chênes de la forêt de Hasparren avaient une particularité. L'acheteur achetait l'arbre nu ! C'est à dire qu'avant de prendre possession de son bien, il devait le dépouiller de toute son écorce qu'il abandonnait sur place. Cette écorce était évidemment récupérée ensuite et permettait aux tanneurs  locaux d'en tirer le tan nécessaire au tannage qui était pratiqué dans une grande quantité de maisons placées en particulier au quartier appelé Celhay et également dans le bourg. L'eau nécessaire au tannage était fournie par le grand nombre de ruisseaux qui traversaient la commune. Du fait de la présence de ces deux produits le tan et l'eau, il parait évident que le tannage des peaux a du exister à Hasparren depuis des temps immémoriaux comme l'auraient dit nos ancêtres.

               Pourtant les premiers écrits concernant les cuirs tannés n'apparaissent que vers la moitié du  18e siècle. Qu'en est-il exactement? Tout simplement les contrôleurs des finances de l'époque se rendent compte qu'à Hasparren en particulier, mais aussi dans les villages environnants on tanne une quantité non négligeable de cuirs et que par conséquent cette activité doit normalement rapporter quelques subsides au Roi de France !  Bien entendu les tanneurs Haspandars et leurs voisins trouveront mille prétextes pour ne pas être contraints à cette nouvelle charge. Ils refusent toute nouvelle imposition compte-tenu disent-ils que la plupart de leurs cuirs tannés sont vendus en Espagne ! Cela dure des années pendant lesquelles de longues correspondances sont échangées. Le Seigneur intendant de la province intervient à plusieurs reprises sans grand succés ! En fin de compte les tanneurs, refusant toujours de payer  le droit imposé sur les cuirs tannés, proposent de payer chaque année un abonnement de 2000 livres en soulignant que ce montant excède de beaucoup le droit qu'on veut leur imposer. Ces tractations durent une quinzaine d'années et au cours de l'assemblée de la Communauté  du 23 septembre 1766  il est enfin décidé de payer l'abonnement pour les cuirs apprétés ouvrés et travaillés afin de les exempter de tous autres droits , soit à leur introduction au pays qu'à leur sortie vers l'étranger. Durant les années qui suivent le syndic du pays réclame souvent les tanneurs qui à son goût ne paient pas la somme d'argent qu'ils devraient normalement verser à la caisse du Roi. En 1768 il convoque les tanneurs  de Hasparren à une réunion qui doit se tenir à Bayonne. La réponse qui lui est écrite par Bernard Fagalde qui est maire-abbé de Hasparren et en même temps l'un des plus importants tanneurs de la localité, lui signifie qu'il ne pourra compter sur la présence d'aucun tanneur de Hasparren parce qu'ils sont tous à la foire de Pampelune !!  Il faut préciser ici que les patrons-tanneurs sont peu nombreux. Ils ne sont que quelques uns qui achètent les peaux , les distribuent dans les fermes où elles seront tannées, puis les expédient aux divers acheteurs. Au quartier d'Urcuray opèrent en particulier des chamoiseurs. Il s'agit là de tanner des peaux plus fines  et donc plus délicates. Un document de la chambre de commerce de Bayonne évoque ce métier où l'on travaille particulièrement des peaux de chevreuil et de cerf. Il y est écrit : pour traiter ces peaux, il faut des eaux pures  et vives et courantes. Il faut aussi des endroits uniques  pour y établir les foulons et les lessivoirs qui sont nécessaires. Enfin raffinement suprême ces peaux doivent être traitées avec de l'huile de poissons qui vient d'Angleterre ! Ces derniers renseignements datent de 1785.

               Quelques années après, la Révolution française provoquera une somme de protestations, de réclamations et d'avis divers qui seront autant d'informations concernant la tannerie mais aussi la fabrication des chaussures qui bien évidemment sont toutes réalisées manuellement et sans doute en quantité assez réduite. C'est ainsi que dans un mémoire de la chambre de commerce de Bayonne  datée de 1790 il est écrit ceci :  " Il n'est pas inutile d'observer qu'il y a dans l'intérieur de cet arrondissement dans les communes de Hasparren, Cambo, Louhoussoa, Espelette et autres, un nombre de tanneries isolées exploitées par leurs propriétaires qui sont en même temps cultivateurs. Mais la culture leur offre peu de ressources, le sol montagneux et ingrat de cet arrondissement ne produisant pas plus du quart ou tiers des grains nécessaires à la consommation de ses habitants". Dans ce même texte  il est également souligné ceci : Le Labourd importe beaucoup de peaux brutes d'Espagne. Ces peaux y sont revendues après avoir été tannées et souvent après en avoir confectionné des vestes et des culottes brodées. L'interdiction du commerce avec l'Espagne ruinerait le païs et favoriserait l'émigration d'une bonne partie de la population vers le pays voisin.

 En 1793, un décret de la Convention, arrête que l'activité de tous devant être encouragée il faut faire un état de tous les cordonniers de Hasparren. Dans chacun des 4 quartiers de Hasparren, deux citoyens seront chargés de rédiger cet état. Après que cela sera réalisé, chacun des dits cordonniers sera requis au nom de la loi de fournir la quantité de souliers qui sera fixée par décret, et cela dans les délais prescrits. Quelques jours plus tard, ce sont les tanneurs qui font fabriquer des chaussures, qui à leur tour se voient contraints à livrer des chaussures  qui seront réservées aux armées des Pyrénées. Ces citoyens tanneurs et en même temps fabricants de chaussures sont au nombre de 13. Le 15 Nivose an II le conseil municipal est avisé que 800 peaux à tanner devront être prises dans un dépot de Bayonne pour être distribuées entre les divers tanneurs de la commune.

      Un texte de la chambre de commerce de Bayonne datée de florial de l'an III soit d'avril 1795 dit ceci: Dans la commune de Hasparren un grand nombre de petites tanneries et de chamoiseries  étaient isolées et exploitées par leur propriétaire  qui étaient en même temps cultivateurs et dont la plupart mettaient eux-mêmes la main à l'oeuvre dans leurs ateliers. Ces fabriques se pourvoyaient par les cuirs et peaux que le pays fournissait, par ceux qui aboutissaient au port de Bayonne venant des colonies Françaises, d'Espagne, du Portugal, de Hollande et par les peaux fines qu'on tirait d'Angleterre. Le pays fournissait abondemment le tan nécessaire. Une grande partie des produits était convertie sur les lieux en souliers, baudriers, culottes et autres ouvrages dont il passait beaucoup en Espagne. Une grande quantité de souliers était envoyé aux colonies Françaises par le port de Bayonne. Les ouvriers qui faisaient les souliers gagnaient de 8 à 10 sols pour la façon de ces souliers.

             Le 19e siècle verra l'industrie du cuir péricliter, les tanneurs se raréfient. La vente des cuirs  se fait, dans le hall d'entrée de la mairie, les jours de marché qui à cette époque là sont très animés. En 1857 il ne reste plus à Hasparren que quatre tanneurs relativement importants, ils ont nom: A Branna, D Broussain, A Broussain et Narcisse Choribit. Ces derniers tanneurs continueront difficilement leur activité jusqu'au début du 20e siècle. C'est ce début de siècle qui avec l'arrivée de l'électricité verra l'industrie de la chaussure se développer. En 1902, six usines de chaussures existaient à Hasparren : celles d'Amespil et fils de Patrundea, celle de Salvat Amespil, celle de Sauveur Amespil à Fourcadenia, celle de Joseph Daguerre à Orthesenia, celle de Landarretche et enfin celle d'Hiriart-Urruty à Etchegorria. Cette industrie de la chaussure se développera surtout après la première guerre mondiale. Elle aura été prospère durant quelques dizaines d'années...



Les Fêtes Populaires d'un Autre Temps

Un article consacré aux fêtes locales de la Saint Jean révèle les diverses manifestations organisées à cette occasion. Depuis quand ces fêtes sont-elles organisées? Il n'est pas possible de répondre précisement à cette question. Sans doute et pendant longtemps, elles ont dû être organisées par la jeunesse du pays et ne revêtaient aucun caractère officiel. C'est pour cela que l'on n'en retrouve aucune trace, dans les compte-rendus de la municipalité. Dans ces mêmes compte-rendus on retrouve pourtant le détail de nombreuses célébrations, comme celles de victoires militaires, un heureux événement dans la famille Royale etc.....

                        La première des fêtes dont parlent les archives municipales date de 1721, du temps où Saubat Diharce sieur vieux d'Alçuyeta était maire-abbé. Il s'était agi alors de faire un feu de joie, afin de conforter la santé chancelante du roi de l'époque Louis XV. Cette fête avait coûté 57 livres.

                En 1744, on fête la prise de la Vicomté de Nice. La préparation de cette festivité provoque deux réunions du Conseil de la Communauté. Il y est décidé qu'il y aura un feu de joie sur la place, il y aura aussi 2 barriques dont le vin sera distribué aux plus nécessiteux tandis qu'un repas sera offert aux officiers et soldats qui se présenteront en armes, qu'on leur ditribuera également de la poudre afin qu'ils puissent tirer quelques coups de feu avec leurs fusils. L'année suivante, c'est la fête de Saint-Louis qui est célébrée. Là aussi il sera donné 12 sols aux soldats qui prendront leurs armes pour la circonstance. Tambours et tambourins seront assemblés et payés afin que tous puissent danser. Quelques jours après un certain 7 Novembre 1744 une nouvelle fête célébrant les Victoires Françaises en Italie dot être célébrée. Il y aura ce jour-là  un Te Deum chanté à l'église, puis un repas pour les élus et quelques soldats auxquels on donnera 12 sols et de la poudre pour leurs fusils.

             En 1746, c'est monsieur De Hureaux administrateur de la Région qui ordonne qu'il y ait un feu de joie à l'occasion de la paix retrouvée. Il faudra également prévoir trois barriques de vin et un repas pour les principaux participants soit les 12 députés, le curé, le capitaine, le lieutenant et les 2 sergents . Pour ce qui est de la musique il faudra trouver 2 tambourins, 2 tambours et 1 violon!!!

            En 1754, c'est à l'occasion de la naissance du duc de Berry que la même fête avec programme similaire aura lieu. Trente soldats y participeront auxquels on offrira un repas et une solde de 20 sols. En 1781, les délégués de la Communauté se révéleront particulièrement Royalistes. Voici ce qu'ils écrivent sur le registre municipal " Divers habitants pleins d'amour pour la conservation de notre famille Royale ayant représenté qu'il convient qu'à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin nous fassions éclater, suivant nos facultés, la joie que nous en ressentons et que nous marquions la reconnaissance dont nous sommes pénétrés, pour les bontés et bienfaits que nous avons reçus et recevons chaque jour de nos bons rois, il a été résolu qu'à l'imitation de tant d'autres il sera aussi fait dimanche prochain dans notre paroisse une fête ou réjouissance publique dont la dépense sera supportée par la communauté".

             Le 11 Juillet 1790, la Révolution a débuté et le Conseil de la Communauté délibère qu'à l'initiative de l'Assemblée Nationale et pour la prestation du serment civique ordonné pour le 14 juillet  il sera distribué 1 barrique et demie de vin aux pauvres de la paroisse, afin qu'ils se ressentent de l'esprit patriotique!! Le même jour il sera donné à diner à certain nombre d'habitants de toutes les classes aux frais de la communauté qui ne saurait assez apprécier les avantages qui vont s'opérer par l'heureuse organisationde la nouvelle constitution. Le matin du 14 Juillet les responsables locaux précisent cependant que seuls les repas de la garde Nationale seront payés par la communauté tous les autres payant chacun leur repas.

                 En 1792 et le 11 Novembre a lieu la célébration de la fête civique. Pour cette occasion la garde Nationale de la commune ainsi que le détachement du 5e Bataillon de chasseurs qui se trouve en garnison dans la commune participeront ainsi que tous les citoyens de la commune. Il sera chanté l'hymne des Marseillais, l'arbre de la liberté sera planté après qu'aura été prêté le serment ordonné par la loi du 3 Septembre.

                 Le 18 Prairial de l'année 1794, sur la réquisition du citoyen Fagalde agent National doit être célébrée la fête de l'Être Suprême et de la reconnaissance de l'immortalité de l'âme. Le mauvais temps ayant contrarié cette célébration elle est retardée de huit jours.

                 Le 8 Août 1800 doit avoir lieu la fête de la Concorde décidée par le Consul. A ce sujet il est écrit ceci: Vu la loi du 17 Thermidor concernant cette fête Nationale, le maire de Hasparren considérant que dans une époque où l'intéret commun doit rallier tous les citoyens le jour de la fête de la Concorde, doit être le tombeau de leur sujet de division et de leur haine. En saisissant l'occasion heureuse de cette fête prélude d'une paix prochaine qui nous rappellera avec reconnaissance le héros qui va la commander réunissons-nous pour la célébrer avec pompe et allégresse. Tel est le voeu du gouvernement tel doit être le notre. Le jour prévu pour cette fête coincidant avec le jour de marché de Hasparren, les décisions suivantes sont prises. Le marché aura lieu le lendemain mercredi. Les boutiques, magasins et ateliers seront fermés ce jour-là. Tous les travaux dans les lieux et voies publics seront interdits. La fête de la concorde sera annoncée la veille à 5 heures du soir et le mardi à 10 heures du matin et 2 heures de l'après-midi.

             Le 12 Avril 1801 a lieu la signature de la paix de Lunéville appelée aussi " Paix du continent ". La célébration de cette fête est décidée par le Consul pour le 30 Avril. La fête est  cette fois  bien simplifiée les élus municipaux sont simplement invités à se retrouver à la mairie dès 9 heures du matin.

             En 1805, c'est le sacre de l'Empereur des Français. L'évêque de Bayonne ordonne des prières publiques pour l'occasion. Le Conseil Municipal arrête qu'il y assistera et que tous les fonctionnaires publics seront eux aussi invités à y assister.

           Le 14 Mai 1811 Hasparren s'apprète à célébrer la naissance du Roi de Rome. Le programme de la fête est établi. La fête sera annoncée au son des cloches la veille 1er Juin. Le 2 Juin la sonnerie aura lieu à l'aurore. Le Conseil municipal et les fonctionnaires  assisteront ensuite à la messe à 9 heures ainsi que la garde Nationale. Il y sera chanté le Te Deum. Ils prieront pour la conservation de leurs majestés l'Empereur et l'Impératrice ainsi que celle de l'héritier du trône. Il sera ensuite distribué quelques denrées aux plus nécessiteux. Un repas sera ensuite servi, chacun y paiera sa part, des toasts seront portés à sa majesté l'Empereur et au Roi de Rome. Il y aura ensuite des jeux de paume, des danses et autres actes de force et d'adresse. Le soir auront lieu des illuminations suivies du bal.

             En 1812, le Préfet du département doit se rendre à Hasparren. A l'occasion de cette visite, les habitants sont tenus de présenter leurs devant de porte nettoyés et libres de tous matériaux. Ils devront aussi illuminer leur façade de maison depuis six heures du soir jusqu'à 1 heure après minuit.

              En 1834, le Roi de France souhaite que sa fête ne soit pas célébrée comme elle l'est habituellement. Cette  dépense sera réservée au soulagement des blessés, des veuves et des orphelins qui ont succombé en défendant l'ordre public. Le Conseil municipal de Hasparren est bien d'accord et précise quand même que la vraie manière de célébrer cette fête est celle d'assister aux offices divins.

             En 1857, le Conseil municipal après avoir pris connaissnce de la lettre de Monsieur le Préfet, considérant que rien ne saurait être plus agréable au coeur de l'Empereur que de voir consacrer à des oeuvres de bienfaisance l'argent destiné aux réjouissances publiques à l'occasion du baptême de son Altesse le prince Impérial, décide de voter 150 francs au moyen desquels une distribution extraordinaire de pain sera faite aux indigents de Hasparren .

               En 1880, il faut célébrer la fête du 14 Juillet. Le Conseil municipal pour répondre aux voeux du parlement du pays vote un crédit de 30 francs pour l'illumination de la maison commune. Cette célébration du 14 juillet semble avoir peu de succès durant de nombreuses années. Souvent nulle célébration n'aura lieu. Les jeunes du pays organisent une petite quête  et avec son montant  célébrent le 14 juillet de la manière qu'ils l'entendent.

                Enfin en 1919, c'est la fin de la grande guerre. Les poilus de Hasparren veulent célébrer l'événement comme il se doit par des réjouissances publiques. Le Conseil Municipal vote donc une somme de 200 francs pour participation de la commune à cette fête. Cette somme sera à prélever sur les ressources disponibles de l'exercise en cours.



Hasparren et le Bilçar du Labourd

Avant de narrer ce qu'ont été les relations de Hasparren avec le Bilçar du Labourd, il est bon de faire connaître ce qu'était cette unité politique qui régissait aussi bien les rapports du Labourd avec le pouvoir Royal que les difficultés que pouvait rencontrer tel ou tel village de cette province. La thèse présentée par Monsieur Etienne Dravasa nous éclaire abondemment sur ce sujet. L'activité du Bilçar du Labourd est connue depuis 1560. Il s'agissait là d'une assemblée capitulaire qui s'appelait en langue basque " Kapitala ". Ne pouvaient y participer que les maîtres de maison " Etcheko Jaunak ". Ils se réunissaient deux ou trois fois par an. Chaque communauté y avait la même importance qu'elle soit peuplée de 300 ou de 4000 habitants. Bayonne possédait un statut particulier et de ce fait ne faisait pas partie du Labourd. Saint-Jean-de-Luz avec ses 6 à 7000 habitants était la 1ère ville du Labourd... et Hasparren la 2ème avec ses 4200 habitants soit 8,5 % de la population totale de la province. Depuis l'an 1600 environ Hasparren était géré par le maire-abbé , quatre jurats responsables des 4 quartiers et 12 députés. L'élection de ces responsables paroissiaux avait lieu chaque année et ils ne pouvaient absolument pas refuser la charge qui leur était confiée. Les réunions du Bilçar avaient lieu deux ou trois fois par an. Chacune d'elles se déroulait de la manière suivante. Au cours de la première rencontre qui avait toujours lieu à Ustaritz les propositions étaient présentées et expliquées aux divers délégués des paroisses. Après quoi les membres du Bilçar revenaient chez eux et convoquaient une assemblée capitulaire où les habitants étaient appelés à formuler leur avis et décision. Au cours de la troisième réunion, qui avait lieu à Ustaritz, chaque délégué de village transmettait l'avis majoritaire de ses compatriotes sur les problèmes posés. Les décisions prises par le Bilçar tenaient compte bien entendu de ces divers avis. Le représentant de Hasparren protesta plusieurs fois contre le fait que l'avis d'un village de 300 habitants ait la même valeur que celui d'un village de population beaucoup plus importante, mais ce fut toujours en vain.

           Les comptes-rendus des réunions au cours desquelles les questions posées revenaient au Bilçar avec la réponse des communautés révélent quels étaient les soucis des élus de l'époque. Ils concernent la période partant de l'an 1700 jusqu'à la période révolutionnaire.

             Ainsi le 9 Novembre 1704, en réponse à une demande de la commune d'Ainhoa qui demande que toutes les communes du Labourd participent aux dépenses qu'elle a du faire au moment du passage des troupes vers l'Espagne, il est répondu :Les habitants de Hasparren n'entendent point payer aucune portion des frais d'Ainhoa parce qu'ils ont eu eux-mêmes pendant quatre mois 400 suisses en garnison qui leur ont coûté de grosses sommes sans qu'ils n'aient jamais été secourus par le païs.

             Le 2 Août 1705, au cours du Bilçar la communauté de Hasparren se voit menacée de l'envoi de garnissaires pour retard dans le paiement de ses impôts. Les habitants de la Communauté répondent que Hasparren a toujours payé ses impôts, ceux qui lui sont réclamés seront payés durant le mois de septembre. Et à l'égard des taxes, des contrôles, des actes, sceaux et autres impositions, elle tâchera de satisfaire au plus tôt priant le sieur syndic d'empêcher les frais de l'envoi de brigades.

         Le 23 Juin 1706, aux questions du Bilçar  les habitants de Hasparren répondent -  qu'ils tâcheront de payer l'impôt de la capitation le plus rapidement possible – qu'ils sont en train de réparer les fusils de la milice qui étaient en mauvais état – qu'ils sont d'accord pour nommer aide-major de la milice le sieur Lairon à la place du sieur Lamothe.
             Le 8 Décembre 1734, la Communautéde Hasparren est encore en retard pour le paiement de ses impôts, il est répondu que le paiement sera exécuté .... mais on n'en précise pas la date. La Communauté de Hasparren  approuve le choix des auditeurs de compte qui remplaceront les sieurs Doyenart et Diharce démissionnaires. Tout comme elle accepte que le sieur Delissalde remplacera le sieur Segure dans le rôle de syndic du Labourd. Il est aussi fait lecture  de la continuation des privilèges du pays de Labourd, ainsi que du recurement des canaux et réparations des chemins publics.

            Le 13 Septembre 1750, la Communauté de Hasparren promet qu'elle fera les déclarations concernant le vingtième et demande à monsieur Darancette syndic général du pays qu'il choisisse le plan le plus convenable pour la communauté pour qu'elle puisse le faire. Elle paiera aussi le plus rapidement possible le montant des impôts dont elle est arriérée. Elle demande au sieur Planthion syndic du pays de faire toutes les diligences nécessaires pour avoir la confirmation des privilèges du pays du Labourd renouvelée le 15 Mars 1742.
            Le 5 Novembre 1752, la Communauté de Hasparren approuve les comptes du Bilçar tels qu'ils sont présentés. Elle est d'accord pour payer sa quote-part des travaux de la digue de St Jean de Luz Ciboure mais exige que les nobles  et genthilhommes paient également leur part. Elle ne veut pas payer les 525 livres réclamés car c'est le pays lui-même qui entretient ses chemins et ses ponts. Concernant la taxe qu'on veut lui faire payer sur le tabac, les habitants veulent que le pays soit maintenu dans les franchises et libertés qu'on cherche à ébrécher sans relache. Enfin la Communauté informe qu'elle est en voie pour tâcher  de faire au sieur Syndic une remise pour les impositions dont elle est arriérée, le priant de lui éviter des frais inutiles.
                Le 15 Novembre 1758, le sieur Jean-Pierre Casalar ancien capitaine d'infanterie et ancien maire-abbé est nommé syndic général du pays du Labourd.

             Le 31 Janvier 1762, les habitants de Hasparren refusent de marquer leurs cuirs d'une manière particulière pour preuve de paiement d'un impôt. Au lieu de cela ils proposent au Bilçar de payer un abonnement annuel  de 2000 livres qui pourtant  leur revient beaucoup plus cher prétendent-ils!!
             Le 23 Décembre 1770, le sieur Jean Pierre Casalar est à nouveau déclaré syndic général du pays de Labourd.
            Le 18 Décembre 1774, la colère gronde en Labourd. Les Haspandars réunis pour discuter les questions posées par le Bilçar, demandent la conservation de la propriété de ses terrains communaux, que les privilèges soient rétablis comme ils l'étaient avant, que l'on supprime l'impôt sur l'huile, que l'on permette aux habitants la culture du tabac et qu'enfin on retire du païs de Labourd les brigades qui y ont été établies.
            Le 2 Février 1777, c'est Louis Dominique Harambillague notaire-Royal de Hasparren, qui est nommé trésorier général du pays de Labourd.
        Le 20 Septembre 1778, les habitants de Hasparren réunis pour discuter des questions posées par le Bilçar se déclarent d'accord pour l'établissement d'un nouveau cadastre. Ils sont également d'accord pour la constitution d'un groupe de travailleurs qui seront chargés de l'entretien des routes et qui seront payés par toutes les communautés. Et enfin ils demandent un court délai et une aussi forte remise que possible pour le paiement des Impositions Royales dont ils sont redevables.

         Le 16 septembre 1783, les habitants de Hasparren demandent une nouvelle fois que tout le Labourd puisse profiter des mêmes privilèges c'est-à-dire qu'elle puisse profiter dans tout son ensemble de la franchise dont profite le port de Bayonne.
           Le 11 Mars 1787, les premiers signes de la Révolution apparaissent. Le prix de l'abonnement du Contrôle des Actes qui était jusqu'ici de 2000 livres est porté à 7000 livres. Signe d'un changement qui s'annonce déjà, les habitants de Hasparren ne protestent absolument pas.
        Le 28 Mai 1787, le prix de l'abonnement a encore augmenté. Il sera dorénavant de 12000 livres par an. Face à cette augmentation qu'on aurait pu croire catastrophique la réaction des habitants est étonnante. En effet ils décident que la perception des droits de Contrôle serait plus pernicieuse que le paiement de la somme de 12000 livres par abonnement et quoique cette somme soit énorme la présente communauté autorise le dit sieur syndic général à l'offrir pour le dit abonnement et à faire les démarches nécessaires pour cela.

         Le 24 Juin 1788, les habitants de Hasparren rassemblés discutent des nouvelles demandes du Bilçar. Ils donnent leurs réponses aux questions posées en rappelant  que quoiqu'étant  parmi toutes les communautés du Labourd celle qui paie le plus d'impôts puisqu'elle paie 85 livres pour 1 voix, elle est très intéressée de ce fait  par les dépenses extraordinaires qui sont engagées. Elle les trouve d'ailleurs excessives.

           Le 21 Décembre 1788, ce n'est pas encore la Révolution mais on n'en est pas loin. Les réponses au Bilçar sont celles-ci. La  Communauté de Hasparren veut que le représentant du païs à Paris soit Mr Joseph Garat, elle lui alloue pour ses peines et vaccations 600 livres par an. Elle le délégue pour participer aux Etats Généraux. Par ailleurs la communauté demande que soient retirés de la province tous les invalides qui sont à sa charge.
       Arrive l'année 1789, la Révolution qui durera quelques années commence.... Le 15 Mars il est décidé qu'un cahier  de protestations et de doléances doit être rédigé. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce cahier ne sera pas tendre pour la noblesse et le clergé. Pour les premiers il y est dit entre autres gentillesses "Il n'y aurait aucun intéret à ce que le tiers-état se joigne à la Noblesse, car ces messieurs croient s'honorer en acceptant de descendre jusqu'à eux". Pour le Clergé le jugement n'est pas plus tendre. Le clergé y est-il dit n'a aucun titre dans le païs pour s'immiscer dans les affaires publiques, et d'ailleurs il est en général si égoïste et si dominant qu'il ne pense jamais au bien public. Cependant les responsables de la communauté demanderont aux uns et aux autres qu'ils établissent comme ils l'entendent leur cahier de doléances. Ils délibèrent aussi, qu'ils choisissent le sieur Dithurbide pour éventuellement aller à Paris afin d'aider le sieur Joseph Garat dans ses travaux.

         Le 17 Mai, une nouvelle réunion a lieu. Le syndic général veut démissionner, il lui est demandé que vu les circonstances il poursuive son rôle durant quelques mois. Au cours de ce Bilçar, Mr de Casalar de Hasparren est nommé suppléant du député de la province. Il est aussi voté la somme de 1200 livres qui seront versés au sieur Dithurbide pour les travaux qu'il réalise auprès des états généraux pour la défense de la province. Enfin la communauté est bien heureuse de faire parvenir au plus haut niveau l'une de ses plus anciennes revendications. Elle fait adopter le texte suivant : La présente communauté est une des plus intéressées de la province pour réformer les abus de la constitution persistant dans la dernière délibération. Elle désire qu'à l'avenir les suffrages des communautés soient réglées aux assemblées générales à raison de la population de chacune d'elles et de la quantité des impositions et autres charges qu'elles supportent. Protestant que si cette demande dont la justice est évidente est rejetée, elle se pourvoiera là où il appartiendra pour la faire ordonner.
       Le 30 Août 1789, en réponse aux questions du Bilçar l'assemblée des habitants adresse ses vives félicitations et remerciements à Mr le Vicomte de Macaye qui a eu le bonheur de conférer avec sa majesté le Roi. Ils sont pénétrés  de la plus vive reconnaissance et de la plus profonde soumission et s'en remettent avec une entière confiance aux messieurs du comité de la correspondance pour les faire parvenir au pied du trône.
          Le 27 Septembre, il s'agit de nommer un syndic général du Labourd. Il est écrit ceci : Considérant que le royaume et la province touchent au moment d'une nouvelle constitution dont celle du Labourd est abusive dans bien des chefs la présente assemblée d'une voix unanime nomme pour syndic général de la province le sieur Haramboure pour en faire les fonctions pendant la présente tenue de l'assemblée Nationale.

            Le 15 Novembre 1789, le Bilçar prendra deux importantes résolutions. Pour la première  elle remercie le syndic pour les soins qu'il a bien voulu se donner pour éviter à la province  les maux et le désordre qu'un défaut de grains pouvait lui occasionner déclarant qu'elle fera son possible pour en empêcher toute exportation à l'étranger mais comme la cupidité et le plus modique gain pourraient engager les gens  non bons citoyens à se prêter à cette exportation, elle autorise Mr le Syndic à choisir tel membre des députés  de la Province pour appliquer tel réglement qu'il croirait convenable  pour l'exécution du décret par l'Assemblée Nationale à  ce sujet. Sur la 5ème question qui intéresse plus particulièrement le Pays Basque, il est décidé que le Bilçar prie tant Mr le Syndic que les autres Messieurs du comité de correspondance de demander à ce que la province soit maintenue pour son réglement à sa constitution actuelle sans qu'elle soit incorporée pour la formation des assemblées provinciales à d'autres cantons  et si on peut y réussir, demande la réunion avec la Basse Navarre et la Soule et qu'en ce cas  les dites assemblées soient alternativement dans les trois provinces.


Les Cabarets à Hasparren du 18e Siècle à nos jours

S'il y a bien un lieu où, de tous temps, les gens ont eu plaisir à se retrouver c'est l'auberge, le cabaret, le café !  En effet, c'est là que les discussions amicales, potins locaux, jeux de cartes et plaisir de boire ensemble donnent l'occasion de se réunir. Cette coutume remonte aux temps très anciens. Les archives de Hasparren n'en font état qu'à partir de 1755. Nous ne savons pas si ces établissements étaient très fréquentés les jours ordinaires mais il est certain qu'il y avait une nombreuse clientèle au moins à deux occasions, les dimanches et les jours de marché. En ce qui concerne les dimanches, nous verrons ci-après que les délibérations de la Communauté font état de certains abus qui ont été constatés et réprimés dans ces lieux.
                        Le marché-franc de Hasparren a été institué par des lettres patentes de sa majesté Louis XIV au mois de février 1656. Ce marché qui a lieu depuis cette époque un mardi par quinzaine a toujours attiré une foule considérable jusque vers les années 1960/1970 où le marché aux bestiaux est devenu insignifiant alors qu'il était florissant jusque là. Les cabarets travaillaient beaucoup à cette occasion mais il faut préciser que leur clientèle se composait uniquement d'hommes, car par un accord tacite, les femmes n'y entraient pas.
                  Que consommait-on dans ces cafés? C'était surtout du vin, car on constate que les négociants achetaient de grandes quantités de vin de France et d'Espagne mais aussi des eaux-de vie, dites de cabaret, dont il est fait mention en 1766, et plus tard des boissons anisées, du Byrrh, du quinquina etc... Il faut dire que le vin fabriqué par les paysans était d'une piètre qualité. On trouvait aussi dans les fermes ce qu'on appelait en basque "pittara" c'est-à-dire, une piquette obtenue en jetant de l'eau sur du marc de raisin déjà pressuré. Il ne faut donc pas s'étonner si le jour de marché les consommateurs ingurgitaient une quantité considèrable d'un vin bien meilleur que celui qu'ils buvaient chez eux. De plus, les transactions entre vendeurs de bétail et maquignons se faisaient toujours autour d'un verre. Cela finissait presque chaque fois tard dans la nuit, soit par des chansons soit par des bagarres souvent assez violentes.
              L'installation des usines de chaussures et leur importance a créé une augmentation du pouvoir d'achat et donc de dépenses dans les cafés locaux. La répartition de ces derniers dans les quartiers  et dans le bourg se faisait ainsi juste avant la dernière guerre de 1940 – 28 cafés étaient situés dans le bourg , 4 à Hasquette, 1 à Minhots, 4 à Celhay, 3 à Urcuray, 2 à Labiri, 1 à Elizaberri, 2 à Pegna soit, 45 cafés pour 5200 habitants dont 1200 ouvriers en chaussures dans les meilleures années de son activité à Hasparren. Voici les extraits des délibérations municipales concernant la réglementation des cabarets de 1755 à 1937 telles que nous les avons trouvées dans les archives.
            - 8 septembre 1755, Maire Jean Bidart Pitchertea. Si les cabaretiers s'écartent des règles, les abbés et jurats les dénonceront à Mr le Procureur du Roi ou auront recours à l'autorité de Mr le Marquis d'Amou pour avoir des archers et les faire conduire en prison.
        - Octobre 1763, Maire Jean Hiriart Ihitz. J.Bte Caupenne, Marquis d'Amou a été informé que les cabaretiers de Hasparren donnent à boire pendant les offices divins et la nuit à des heures indues , qu'il s'y joue toute sorte de jeux interdits. Il est ordonné à tous les cabaretiers de ne point donner à boire pendant les offices divins et de respecter les horaires de fermeture à savoir, l'hiver à 20 heures et l'été à 21 heures, immédiatement après la retraite annoncée par la cloche. Les abbés et jurats doivent visiter les cabarets pendant les offices divins et emprisonner les joueurs et les cabaretiers jusqu'à ce qu'ils aient payé.
         -  26 décembre 1763:  l'argent venant des contraventions sera remis  et distribué aux pauvres de la paroisse. 
       - 19 janvier 1764  ordonnance du Duc de Richelieu concernant les aubergistes et les cabaretiers. Ces derniers et autres qui louent des  appartements devront tenir un registre concernant les étrangers qui arrivent chez eux en spécifiant le sexe, l'état, la profession, le pays d'où ils viennent et où ils se rendent, s'ils ont un passeport et tous les renseignements qui peuvent tendre à faire reconnaitre des gens suspects et les arrêter le cas échéant. Ce registre sera présenté tous les soirs à l'officier municipal qui doit coucher à l'Hôtel de Ville.
        - 20 janvier 1765, lettre écrite par Mr le Marquis d'Amou à sieur Fagalde "Bolaldia" maire-abbé. L'argent saisi aux joueurs (jeux prohibés) sera réparti à savoir: 1/3 au Roi, 1/3 au saisissant, 1/3 au profit des pauvres. Le cabaretier doit toujours payer l'amende pour les avoir soufferts.
        - 29 novembre 1765, lettre du Comte de l'Hospital demandant que les ordonnances du Roi concernant l'interdiction de certains jeux soient appliquées avec la plus grande sévérité. Le flagrant délit semblant difficile à prouver il est demandé de rendre compte exactement de ce qui peut parvenir à leur connaissance afin que la marée-chaussée puisse punir les coupables.
      - 21 mars 1766, lettre de Mr le Marquis de l'Hospital aux sieurs maire-abbé et jurats concernant la défense de la danse sur la place publique les dimanches et jours de fête.
        - 31 mars 1766, pour éviter tout équivoque, l'interdiction de la danse des jours de fête et dimanche doit être soumise à Mrs les Curés. Hors ces jours-là, les habitants pourront jouir de cet amusement, excepté durant le temps de Carême (période de recueillement et de pénitence).
        -  8 Avril 1766, réglementation de la danse et des jeux. On doit se conformer point par point à la déclaration du Roi concernant les cabarets, les jeux de paume, les foires, les marchés et les hoteliers.
      - 17 janvier 1792,  répression du système des loteries. Défense est faite de rien loter ou ramasser de l'argent sous prétexte de loterie dans l'étendue de cette paroisse sous peine de 10 livres d'amende avec confiscation des choses, effets et marchandises produits pour loter et 100 livres en cas de récidive. 
      C'est le temps de la Révolution, tous les rassemblements publics sont interdits. Cependant au quartier Elizaberri c'est toujours la fête de la Trinité et ce jour-là, c'est la fête du quartier. Le 27 Prairial de l'An II soit le 15 juin 1797 on y fait donc la fête. Des officiers municipaux et des gendarmes sont donc allés chez madame Etchegaray, tenancière du café, restaurant du quartier. Ils y ont trouvé beaucoup de monde à manger et à boire. Ils ont donc fait emprisonner le dit Etchegaray, relevé le nom des personnes présentes dans l'auberge et dressé procés-verbal.
       - 17 août 1800, des abus se glissent dans les auberges avec vols et assassinats pendant la nuit à des heures indues. Des pères de famille passent la nuit dans ces lieux de débauche et en ressortent livrés au dégoût  et au remords ne rencontrant que le mépris public. Il est urgent de faire cesser pareils abus et de rappeler les ordonnances déjà promulguées. 
        Ce 19e siècle verra encore de nombreux changements. Il verra l'ouverture de deux salles de jeux. Dans la première les jeux admis sont le billard, le domino, le damier et les cartes. Toute discussion politique ou religieuse y est interdite. Ce cercle s'appelle Cercle Saint-Julien.  Quelques années après, un autre cecle voit le jour à l'hôtel Gaskoïna, il s'appelle Cercle du progrès. Les jeux de hasard interdits étaient le baccarat, le lansquenet, le trente et un, le trente et quarante,  le chemin de fer, le quinze, le pharaon, la roulette et d'autres jeux similaires.
        Enfin, le 10 novembre 1907, le docteur Pierre Broussain maire s'attaque à la répression de l'alcoolisme. Un arrêté municipal défend désormais , tout en respectant les droits déjà acquis, l'ouverture des cafés ou débits de boissons  à moins d'une distance de 40 mètres autour du cimetière, de l'hôpital, des écoles publiques ou privées de la commune de Hasparren.



Deux émeutes à Hasparren

A Hasparren, comme il en fut également aussi sans doute ailleurs, les révoltes contre l'autorité en place furent assez nombreuses. Il en est deux qui retiennent l'attention par leur importance. Elles ont eu lieu pour la première entre 1755 et 1763 et l'autre en 1784 et 1785.
             Le premier signe qui marque fortement le début de la première émeute est l'interdiction par Mr le Comte Dhirouville, commandant de la Province, de toutes les assemblées générales organisées par le maire-abbé et les jurats pour régler les divers problèmes de la Communauté.  En 1757, la majorité des charge-tenants se réunit malgré cette interdiction et demande le retour aux anciennes coutumes.   En 1758, c'est le Duc de Tresnes, commandant en chef à Bayonne qui confirme la défense faite au pays de Hasparren de tenir des assemblées générales de ses habitants. Le maire-abbé et les jurats reçoivent avec respect et soumission cette missive, ce qui ne les empêche cependant pas d'exprimer leur souhait qui est celui de prendre leurs décisions après avoir eu l'avis des députés de la population qui sont au nombre de douze. Le 31 août de cette année-là , le Duc de Tresnes qui est aussi Marquis de Gandelu, Baron de Monjay, Châtelain de Coury et Seigneur de Montigny, adresse au maire-abbé une ordonnance sur laquelle il est stipulé qu'il peut prendre l'avis de 12 députés de la Communaut qui sont nommés pour deux ans. Par contre, les assemblées  générales des habitants demeurent toujours interdites. Cette réponse autoritaire ne plaît absolument pas au maire-abbé et à ses jurats qui le font savoir à qui de droit. Sanction immédiate de l'autorité supérieure  qui envoie de Bayonne deux cavaliers de la maréchaussée pour se saisir du maire-abbé et le conduire à la prison du lieu où il reviendra sans doute à de meilleurs sentiments. Heureusement, en septembre 1759, le Comte de Grammont commandant en chef de la Province, après la tenue d'assemblées générales dans chacun des quatre quartiers de la Communauté, décide que les habitants de Hasparren tiendront leurs assemblées pour y traiter des affaires de la Communauté selon la coutume observée au pays du Labourd.
        En 1760, tout semble devoir être appaisé et pourtant... On apprend enfin quelle est la cause de tant de menaces et de certaines décisions qui sont présentées comme étant des faveurs ! En effet, on découvre que des mesures exceptionnelles ont été accordées au Labourd en 1688. Ces faveurs concernent en particulier les cuirs traités et apprêtés en chamois à Hasparren et dans quelques communes environnantes. On se rend compte aussi qu'au début de cette année 1760, nombre de notables de la commune ont été emprisonnés à Bayonne. On apprend aussi par une délibération du 24 août qu'Hasparren est occupé par quatre compagnies de grenadiers. Les élus haspandars sont maintenant bien moins inquiets, ils écrivent au Duc de Grammont pour le remercier mais aussi pour lui demander de ne plus avoir à s'occuper de la fourniture de chevaux de selle aux officiers en garnison , de ne plus avoir à se tracasser pour fournir à ces mêmes officiers du linge, une batterie de cuisine et l'argenterie qu'ils ont exigé. La paix semble revenue mais, encore et durant trois ans, il faudra payer les frais causés par l'occupation de la troupe. Les élus de Hasparren, qui est le pays où la répression a été la plus forte, souhaite faire payer aux villages environnants une partie des frais engagés. C'est ainsi que l'on doit 600 livres pour la nourriture des prisonniers détenus à Bayonne durant plusieurs mois, il faut aussi payer 3500 livres pour des ustensiles fournis aux quatre compagnies de grenadiers et 980 livres aux deux compagnies des Cantabres  qui les ont remplacées et qui sont toujours là ! Le paiement de ces frais et de bien d'autres s'échelonnera jusqu'en 1763 date à laquelle St Jean-de-Luz et Ciboure demandent une participation de toutes les paroisses du Labourd pour le paiement des digues et fortifications qui ont été construites. Hasparren paiera le douzième de ces frais et obtiendra de ce fait que les paroisses voisines paient aussi une part de leurs dépenses. Cette émeute aura durée huit ans et elle aura coûté bien cher aux finances de la paroisse.
>>>La révolte de l'année 1784<<<
On lira par ailleurs ce que fut la révolte de 1784, provoquée par la rumeur selon laquelle Hasparren serait imposé sur la " gabelle" impôt sur le sel. Voici ce qu'en dit un extrait des archives départementales. Une condescendance accordée aux circonstances avait suspendu à Hasparren et quelques autres paroisses l'exercice de l'administration municipale. La loi du Prince demeurait  sans exécution, la police des frontières établies par des lettres patentes de juillet 1784 devenait nulle par la déroute des préposés qui devaient les maintenir. Pour remédier à ces incidents et pour tirer les habitants de Hasparren de l'erreur qui les avaient égarés on commença par faire arrêter chez eux et aux portes de Bayonne quelques personnes qui avaient été désignées comme les moteurs de la sédition. Réellement dix personnes au plus furent arrêtés. Mais à côté de celà combien de personnes n'ont-elles pas eu à se glorifier d'avoir prévenu par leur sensibilité compatissante l'indulgence dont le roi a usé envers les accusés. Pendant que l'autorité sévissait contre les coupables , la Communauté de Hasparren  concertait de son propre mouvement les moyens de justifier les innocents. 80 habitants de ce bourg délégués par la communauté se rendaient auprès du commissaire de parti et du Commandant pour désavouer tout ce que la renommée leur avait imputé à raison des troubles qui s'étaient passés au milieu d'eux. Ils protestèrent au nom de la Communauté de sa soumission et de sa fidélité envers le souverain et offrirent de seconder l'établissement qui devait se faire à Hasparren pour l'exercice de la police de la frontière.
       Un autre document des Archives Départementales daté de 1784 ajoute : Mr le Marquis de Caupenne ordonna que tous les habitants des paroisses où les troupes étaient cantonnées remettraient leurs armes aux dépôts qui furent établis dans les maisons communes. Pourtant, on restitua les armes à tous ceux qui se trouveront dans le cas d'en avoir besoin, soit à raison de leur négoce, soit à cause de la situation de leur habitation. On leur interdit aussi le passage par la Nive pour leur communication avec Bayonne sans laquelle les paroissiens du Labourd riverains de l'Adour et de la Bidouze ne peuvent pas subsister. C'est la première fois que l'on vit les voitures à boeufs rouler de Bardos, Urt et Guiche pour aller à Bayonne, ce qui est très incommode et très coûteux. Les toiles que l'on y fabrique ou que l'on blanchit, le tabac pour l'approvisionnement des communautés, les bestiaux, le lin pour le tissage, l'étoupe pour la fabrication des chandelles de résine, en un mot, toute circulation du pays franc et de l'intérieur dans la partie du Labourd soumise à la police des frontières est grevée de formalités, de perceptions et de prohibition.
            Cette révolte qu'on appela aussi "la révolte des femmes" ,celles-ci ayant été les premières à se révolter, vécut ses derniers moments en 1785. En avril de cette année-là, le maire-abbé et les jurats pensèrent qu'il serait normal d'indemniser les personnes qui avaient dû dépenser de leur argent pour réparer les dégâts occasionnés par le déroulement des incidents malgré tout assez importants. Le Conseil de la Communauté vota donc une gratification de 400 livres au maire-abbé Laurent Delissalde , ainsi qu'au sieur Larre la somme de 100 livres et au sieur D'Eliçagaray la somme de 60 livres pour les peines et soins extraordinaires qu'ils ont été obligés de rendre durant cette triste période.
             Quelques jours après et cette même année 1785, l'assemblée communale demande que les agis et prières nécessaires soient faites auprès du Marquis de Caupenne, commandant pour le roi de Navarre et pays de Labourd, aux fins d'obtenir la permission de la remise des armes nécessaires aux habitants pour la défense de leurs maisons et du fruit de leur domaine. La même assemblée demande également le rétablissement des cloches de l'église ainsi que la réouverture du cimetière à l'intérieur duquel les femmes en révolte s'étaient réfugiées en 1784.   
                 - Révolte des femmes d'après le journal Eskualduna de mai 1908 - Ithurbide  Revue internationale des études basques. -

>>>Episode local conté par l'abbé Duvoisin<<<
C'était le 3 octobre 1784. Le bruit circule dans Hasparren que la gabelle va être établie en Labourd. On ajoutait que Mr Néville, intendant de Guyenne, allait bientôt venir assurer par lui-même la perception du nouvel impôt. L'alarme est aussitôt donnée non seulement dans Hasparren mais encore dans les campagnes avoisinantes. Le tocsin carillone avec violence et de tous les côtés arrivent des bandes nombreuses armées de broches, de faux, de fourches et précédées de trois ou quatre d'entre elles qui battaient furieusement le tambour. Mr de Néville arriva trois jours plus tard le 6 octobre, accompagné du marquis de Caupenne, lieutenant du Roi à Bayonne, à la tête de 150 grenadiers et 6 brigades de la maréchaussée. Mr de Néville et de Caupenne se placèrent devant le cimetière où la bande séditieuse se tenait pressée et entassée. Ils voulaient entrer en pourparler mais au milieu des cris et de la cohue il leur était impossible de se faire entendre. Mr de Néville et de Caupenne et leurs officiers se retirèrent dans une maison voisine. Lancera-t-on les troupes contre ces femmes ameutées ? L'intervention du curé Haramboure qui représenta avec force aux officiers qu'il serait déshonorant  pour eux de livrer bataille à des femmes évita le pire. En même temps le digne curé s'adressait à la foule et lui parlait dans sa langue, la langue du Pays Basque . Les paroles portèrent leur fruit , le tocsin s'arrêta, les cris s'arrêtèrent et la foule se dispersa. Mrs de Néville et de Caupenne rentrèrent ce même jour à Bayonne avec leurs troupes. Les craintes des gens de Hasparren redoublèrent quand ils surent que plusieurs d'entre eux venus à Bayonne pour leurs affaires avaient été arrêtés et jetés en prison. Ils surent aussi que Mr de Neville avait demandé des peines sévères contre les paroisses révoltées. Mr de Neville inonda le pays de troupes . Il avait fait venir un régiment de cavalerie, un régiment de Languedoc et un régiment suisse venu de Courten. Ce dernier fut disséminé dans les paroisses agitées. Mendionde, Guerreciette et Louhoussoa en logèrent deux compagnies chacune du 11 novembre au 13 décembre. Macaye en logea d'abord trois puis deux seulement depuis le 23 novembre. Mr de Neville qui n'oubliait pas que le tocsin assourdissant lui avait coupé la parole et imposé silence exigea que les cloches de l'église seraient descendues et le clocher abattu.


La Place appelée "Plaza Karkana"

La place principale de Hasparren a toujours été appelée en français « la place de l'église ». Une délibération du conseil municipal a bien été prise le 4 août 1935 pour lui donner officiellement le nom de « place de Verdun » mais cette appellation n'a jamais réussi jusqu'à ce jour à se glisser dans le langage courant. Par contre pour ce qui est de son appellation en Basque les Haspandars nés au début du siècle ou même un peu plus tard, se souviennent très bien que jusque les années 1960 elle était "Plaza Karkana" . Les expressions "Plaza karkanian zen" ou "Plaza karkanian ikusi dut" étaient tout naturellement utilisées. Ce mot "karkana", qui ne sonne pas très bien aux oreilles, d'où vient-il?  Quelle est sa raison d'être, pour tant qu'elle en ait une! ?
              
                      Bien sûr d'autres appellations pouvaient également paraître bizarres à une certaine époque. La place où a été érigé en 1885 le fronton municipal a longtemps et exclusivement été appelé en Français "la Place Neuve" et en Basque "Plaza Berria" . Jeunes ou adultes de Hasparren n'auraient jamais dit  " je vais au fronton", mais bien " je vais à la Place Neuve" ou "johan naiz plaza berrirat". Cela s'explique aisément par le fait que cette place est de réalisation récente comparativement à la place de l'église très ancienne. Cette place aménagée pour la pratique de la pelote Basque avait été destinée d'autre part à une fonction de place publique. Son allée ombragée par ses platanes devait servir de lieu de promenade  et ses abords utilisés lors du déroulement des fêtes locales et autres. La rue qui depuis déjà quelques années porte le nom de Rue Francis Jammes quant à elle, a été couramment appelée depuis sa création "La Rue Neuve" . Cette appellation avait tout à fait sa raison d'être , puisque ouverte en 1845, les premières maisons y furent construites à partir de 1855 et elle ne devint vraiment une rue que vers 1870. Comparativement aux deux autres rues déjà existantes " la rue de la mairie " et "la rue montante" vieilles de plusieurs siècles, la nouvelle venue portait bien son nom.
                        Pour expliquer de la même manière le nom de Plaza Karkana, quelques explications supplémentaires s'imposent. Il faut rappeler que jusque la Révolution les charges-tenants locaux étaient chargés de faire respecter les règlements et d'appliquer ce que l'on appelait la basse-justice. Ils devaient donc régler les petits délits et punir ceux qui contrevenaient à la police et aux obligations locales. Les affaires ou les procès plus importants relevaient pour leur part du bailliage du Labourd, de la Sénéchaussée ou du Parlement de Bordeaux. Pour punir les coupables, les élus locaux disposaient de deux moyens très largement utilisés : l'emprisonnement et l'exposition au Carcan. L'emprisonnement avait lieu dans la maison commune  dans un réduit qui y était aménagé et qui n'a été détruit que vers 1955. Les archives municipales révèlent que l'emprisonnement était chose très courante, et la prison ne se remplissait pas que les soirs de marché. Les arrestations des délinquants, voleurs, vagabonds, bohémiens, leur emprisonnement et leur accompagnement vers les prisons de Bayonne sont parmi tous les textes ceux qui sont les plus souvent relatés. Il n'était d'ailleurs absolument pas nécessaire d'être un malfaiteur pour se retrouver pensionnaire de l'une ou l'autre des nombreuses prisons des communes du Labourd. Ainsi en 1675 le sieur Du Crocq bourgeois de Bayonne qui avait prêté 2000 livres à la paroisse de Hasparren et  qui ne parvenait pas à en obtenir le remboursement fit tout simplement arrêter et jeter en prison sept ressortissants de Hasparren qui vaquaient paisiblement à leurs occupations dans les rues de la cité voisine. Ils y restèrent plusieurs jours, après quoi, la Communauté de Hasparren, pour obtenir leur libération, dut rembourser le capital, auquel s'ajoute le montant des intérêts et il lui fallut également payer cent cinquante livres , représentant les frais de "l'entretiennement des prisonniers". Une aventure semblable arriva en 1678 au jurat du quartier de Harana  qui partit innocemment le 16 août de cette année-là pour essayer de régler un différend existant entre les communautés de La Bastide et de Hasparren. Les arguments présentés par le brave jurat n'étaient sans doute pas suffisamment convaincants, la médiation se termina pour lui dans la prison de La Bastide où il resta trois jours. Pour être parfaitement honnête, il nous faut ajouter qu'environ deux mois plus tard, les Haspandars réservèrent le même sort au malheureux plénipotentiaire Bastidot venu à Hasparren plaider pour la même affaire. Pour bien venger la première incarcération, la seconde dura cinq jours.
                        Pour ce qui est du carcan, le dictionnaire le décrit comme étant un collier de fer qui servait autrefois à attacher les malfaiteurs au "poteau d'exposition". La présence d'un carcan sur la place de Hasparren est abondamment prouvée dans les divers registres ou livres de comptes de la communauté. Tout d'abord, le bois du poteau pourrissant et le fer de la chaiîne et du collier rouillant, il fallait bien les remplacer et cela exigeait quelques dépenses soigneusement inscrites sur les livres des maire-abbé et jurats. Quelques expositions au carcan sont également décrites dans les registres des conseils de la communauté. C'est ainsi que l'on apprend qu'en juin 1700 c'est le nommé Ducamp qui est exposé au carcan " pour avoir été trouvé en l'église à dérober des deniers du tronc qui est au pied du crucifix". Enfin, les précisions concernant l'emplacement du carcan ne manquent pas. Il est précisé chaque fois que la réglementation des droits de plaçage  pour le jour de marché est établi ou modifié, ce qui arrive assez souvent. L'emplacement du carcan sert de point de repère, ce qui lui vaut d'être toujours cité. Cette citation souvent répétée confirme s'il en était besoin que ce carcan était placé de telle manière qu'il permettait aux habitants des deux rues alors existantes de voir le "malfaiteur exposé" sans avoir à se déplacer. Il remplissait donc parfaitement la fonction qui lui était dévolue.

                        Le carcan de la place de Hasparren a disparu à l'époque de la Révolution. Il avait sans doute bien marqué les esprits puisque 170 ans après sa disparition les Haspandars rappelaient son nom pour désigner la place où il était situé. 
 Le carcan devait être situé à environ trois mètres devant le monument aux morts de la guerre actuel. Il était placé là pour être bien visible par les habitants de la rue de l'Ursuya et de la rue Jean Lissar, les deux seules rues existant à cette époque-là à Hasparren. 
(texte de Pierre Ipuy)


Curés connus de Hasparren

-1310, Arnaud de SORRIGAPI;
-vers 1348, Pierre Arn.DE ST-JEAN, chanoine de Roncevaux, nommé par son frère Pierre IV, évêque de Bayonne. La présentation fut faite par le commandeur de Bonloc agissant au nom de l'abbé de Roncevaux.
-Raymond DE LAGARDE, fondateur d'une chapelle à Hasparren.
-1600-1630 Pierre DE BIDART, né vers 1550, il avait été marié. Devenu veuf, il devint curé de Hasparren vers 1600.
-1630-1680 Pierre DITHURBIDE: il fit élargir l'église du côté du nord; sous lui fut bâtie la chapelle publique d'Urcuray en 1642, il mourut en 1694 .
-1680-1715 Laurent D'ETCHEVERS, né en 1639 de Martin d'Etchevers et de Dominica Deyheralde dans la maison Etchechuria de Bonloc et ancien curé de St-Esteben; il était oncle des trois Hiriart qui suivent.
-1715-1733 Jean HIRIART, fils de Marcel Hiriart et de Jeanne Etchevers, née en 1683: il résigna la cure le 4 janvier 1753 en faveur de son dernier frère Guilhem et mourut le 31 juillet 1745.
-1738-1759 Guilhem ou Guillaume HIRIART, né en 1697, vicaire de son frère Jean. Sous lui, l'abbé Daguerre, supérieur du séminaire de Larressore, fonda la maison de retraite de Hasparren, œuvre à laquelle le digne pasteur ne cessa de s'intéresser. Pendant sa cure, Marie de Hody fonda la prébende dite -de Hody- au capital de 450 l., pour, chaque dimanche, être chanté dans l'église paroissiale un Stabat , Fondation unie par Mgr Druillet, év. de Bayonne, à celle de Butchundeguy et au profit de Martin de Hody, originaire de St Jean de Luz et professeur au séminaire de Larressore (1642) ; G. HIRIART mourut le 5 novembre 1759.
-1759-1767 Etienne dit Estebe HIRIART, frère du précédent, né de Michel H. et de Marie Etchevers, dans la même maison Etchechuria, le 2 septembre 1705. Il fit de bonnes études chez les Jésuites à Toulouse, où il fut gradué et ordonné prêtre en 1731. Successivement curé de Bonloc 1732, de St Martin d'Arberoue 1745, de La Bastide-Clairence 1746, il fut nommé à Hasparren en 1759 et y mourut en 1767.
-1767-1772 Jean ETCHEGOYEN, né à Hasparren en 1717, de Pierre E. et de Marie de Berroette, ordonné à Dax en septembre 1742, nommé curé de sa paroisse natale en 1767 et y décédé en 1772.
-1772-1785 Bernard HARAMBOURE, né à Jatxou, de Martin H. et de Jeanne-Julienne Jauretche , successivement directeur sous Daguerre au séminaire de Larressore, secrétaire de Mgr d'Arche, curé d'Ahetze et d'Arbonne. Nommé à Hasparren en 1773, il y décéda en 1785 et fut inhumé à Jatxou. Un an avant sa mort, il y eut à Hasparren une grande émeute au sujet de l'impôt de la gabelle; M. de Neuville, intendant de la province et M. le marquis de Caupenne, lieutenant du roi à Bayonne, à la tête de 150 grenadiers et 5 brigades de cavalerie vinrent dans cette paroisse. De nombreuses bandes de femmes armées de fourches, de broches, de faulx accoururent pour repousser la force par la force. Grâce à l'influence et aux paroles de paix du curé, il n'y eut pas de sang versé.
-1785-1815 Martin ETCHEVERRY, né à Larressore en 1753, prêtre en 1777, vicaire à Sare, aux Aldudes et à Hasparren, dont il devint curé en 1816, il y mourut en 1827.
-1827-1842, Jean HIRIART, né à Ustaritz en 1765, curé à Ainhoa en 1806, à Hasparren en 1828, y décédé le 19 novembre 1842. Sous lui en 1835, on ajouta à l'église paroissiale une belle abside, un avant chœur avec de belles chapelles latérales. Jusqu'alors l'édifice avait la forme d'un carré long.

-1844-1869, Jean Léon LISSARDY, né à St Jean de Luz en 1808, prêtre en 1833, nommé à Hasparren en 1844 (après deux ans de vacance de la cure) , décédé en 1869. Sous lui, on donna aux galeries la forme d'amphithéâtre, telle qu'on les voit encore.
-1870-1884, Jean-Baptiste LONDAITSBEHERE, né à Hasparren en 1835, devenu curé de sa paroisse natale en 1870 et y est décédé en 1884. Pendant sa cure, l'église a pris la forme dont nous avons donné la description dans nos recherches historiques.
-1884, Jean GARCIA, né à St-Just en 1845, transféré de la cure d'Ordiarp à celle de Hasparren en 1884.

« Les paroisses du Pays Basque » par l'abbé Haristoy curé de Ciboure 1895